Futur cramé pour les « produits carnés »?

VIANDE

« Alimentation : Produire de la viande sans animaux

Mangera-t-on un jour des steaks hachés « élevés » en laboratoires ? Il est techniquement possible, répondent les biologistes du « New Harvest », de produire de la viande synthétique à partir de cultures de cellules musculaires. Encouragées par les défenseurs des animaux ces recherches pourraient aboutir rapidement. L’élevage ne pourra faire face à la croissance de la demande mondiale d’aliments carnés.
Les mots « entrecôte » ou « rumsteak » évoqueront-ils un jour dans l’esprit du consommateur l’image d’une grande cuve pleine de cellules dans un laboratoire ? C’est en tout cas ce que souhaiterait l’association de défense des animaux Peta. Pour mettre un terme à l’abattage annuel de 40 milliards d’animaux d’élevage, celle-ci a annoncé fin avril qu’elle offrirait un million de dollars au scientifique qui parviendrait à produire d’ici à 2012 une viande de poulet de synthèse aussi goûteuse et nutritive que l’originale.
Une chimère ? Pas pour les biologistes membres du New Harvest (nouvelle moisson).
Fondée en 2004, cette association promeut les recherches sur la viande « in vitro », c’est-à-dire produite en laboratoire à partir de cellules musculaires prélevées sur des animaux.
Partant du principe que celles-ci peuvent se multiplier de façon infinie lorsqu’elles sont placées dans une solution nutritive, les chercheurs s’efforcent de créer de toutes pièces une viande de substitution en organisant la prolifération des cellules musculaires autour de microstructures.
Et selon eux, ça marche.

Des « nuggets » synthétiques plus vrais que nature

Alors, bien sûr, pas question de produire d’ici à 2012 une viande en tous points semblable au filet mignon ou à la cuisse de poulet, qui combinent de façon complexe plusieurs muscles, de la graisse, et d’autres tissus.
Mais les chercheurs du « New Harvest » estiment que le développement des technologies existantes permettrait de fabriquer en laboratoire une viande capable de soutenir la comparaison avec les viandes hachées qui composent les hamburgers, les saucisses et autres « nuggets ».
À condition d’y ajouter une bonne dose d’aromates.
Et, surtout, d’envisager une production à l’échelle industrielle, seul moyen pour la viande synthétique d’être compétitive par rapport à la viande d’élevage et d’atterrir effectivement dans les assiettes.

La vraie viande, bientôt un produit de luxe

Or, selon une étude économique présentée à l’occasion du premier congrès sur la viande « in vitro », organisé en Norvège début avril, le prix de la tonne de viande synthétique pourrait aisément être amené à 3200 euros – soit un coût comparable à celui du bœuf européen -, par une culture cellulaire intensive réalisée dans d’immenses cuves, ou « bioréacteurs ».
Mais qu’est-ce qui, hormis un triomphe de la cause animale défendue par des associations comme Peta, pourrait inciter nos sociétés à troquer les vaches charolaises pour des cultures cellulaires ?
La raréfaction programmée de la viande. Avec la croissance démographique mondiale et le développement des classes moyennes dans les pays du Sud, la demande en produits carnée devient telle que l’élevage traditionnel ne sera bientôt plus en mesure de la satisfaire.
Selon l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), il faudrait doubler la production mondiale de viande d’ici à 2050 (passer de 230 à 465 millions de tonnes par an) pour satisfaire les besoins d’une population de 9 milliards d’individus.

Dans les assiettes dans moins de dix ans ?

Or, les zones de pâturage, qui représentent le quart de la surface des terres émergées, ne sont pas extensibles à l’infini.
Pas plus, d’ailleurs, que les surfaces plantées en céréales, dont 40 % servent à ce jour à nourrir les animaux d’élevage.
Déjà en partie responsable de la flambée du prix des céréales, l’extension de l’élevage traditionnel n’est pas sans poser également un grand nombre de problèmes sanitaires et environnementaux. Les troupeaux représentent par exemple 18 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, soit plus que le transport. Aussi, pour enrayer le réchauffement climatique, la crise alimentaire et la flambée inévitable du prix de la viande, les pays développés, principaux consommateurs de produits carnés, ne peuvent faire que deux choses : soit accepter de réduire drastiquement leur consommation de viande, soit se préparer psychologiquement à ingurgiter bientôt des hamburgers ou des nuggets synthétiques.
D’ailleurs, selon le « New Harvest », il suffirait de cinq à dix ans pour que la production massive de viande « in vitro » débute. Bon appétit.  »

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Crudités Mag #1

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Au sommaire de ce zine à lire tout cru:

¤ Est-ce que Sim est mort?
¤ Nathan Abshire, un beaucoup bon joueur d’accordéon de musique cajun
¤ « La santé et la vie »
¤ « Sex and the sex »
¤ Konzept Intw mit CHEVEU
¤ Les bons plans à franc 2
¤ Medecinecinema
¤ « La vraie salade »: articles sur TV Ghost, Grafitti Island, Personal & The Pizzas, King Tuff, Super Wild Horses + chroniques disques
¤ Le sweat capuche

Prochain numéro en Avril!

D’ici là vous pouvez également écouter la cinquième émission du Crudités Radio Show, fraîchement mise en ligne.

Cajou Bissau

Guinée-Bissau : la nouvelle saveur de la noix de cajou

(Syfia Guinée Bissau) Les planteurs d’anacarde aperçoivent la fin du tunnel en Guinée-Bissau. Les prix au producteur ont plus que triplé en 2008 et la perspective que les noix soient bientôt décortiquées sur place, et non plus exportées brutes vers l’Inde, est porteuse d’espoir au pays de la noix de cajou.

Les campagnes se suivent et ne se ressemblent pas. Après deux années désastreuses, la filière anacarde retrouve le sourire en Guinée Bissau. « J’ai vendu les 50 t de cajou que j’ai récolté à 350 Fcfa le kilo contre 100 Fcfa les années précédentes », se réjouit Afonso Sanca, un fonctionnaire retraité reconverti dans l’agriculture. Pour Suleymane Djassi, économiste guinéen, si le prix au producteur a plus que triplé cette campagne, c’est grâce aux actions de l’Association nationale des agriculteurs de Guinée (Anag). Ce prix était resté très bas malgré une hausse des cours mondiaux il y a deux ans, ce qui avait déclenché la colère des planteurs. Des dizaines de tonnes de noix avaient été déversées l’année dernière dans les rues de Bissau, la capitale.

Aujourd’hui, c’est la joie dans ce pays dont l’immense majorité de la population vit directement ou indirectement de la culture et de la vente de l’anacarde. Cette année, confie Demba Baldé, un autre planteur, « j’ai pu acheter une moto, payer les frais de scolarité de mes enfants et je suis en train de construire une maison pour la famille ». Il reconnaît que sans cette embellie sur les prix, il n’aurait jamais pu réaliser ces projets qui lui tenaient à cœur depuis longtemps.

Transformer sur place

Sixième producteur mondial, la Guinée Bissau est réputée pour la qualité de ses noix de cajou, mais elle n’en tire relativement que peu de profit. Jusqu’à présent, en effet, elle les exporte brutes, presqu’exclusivement vers l’Inde, qui les transforme, les grille avant de les réexporter en Europe et aux États-Unis, où on les consomme surtout en amuse-gueule à l’apéritif. D’autre part, selon le ministère du Commerce, 50 000 t de noix partent chaque année en fraude vers le Sénégal et la Guinée-Conakry, ce qui n’arrange guère les finances de ce petit pays de 1,5 million d’habitants, parmi les plus pauvres du monde. Le renforcement des contrôles aux frontières a permis en 2008 de limiter la contrebande. Pour la première fois depuis 10 ans, les exportations de noix ont dépassé les 100 000 t, révèle l’Anag. La production, en constante augmentation au fur et à mesure que les anacardiers plantés ces dix dernières années arrivent à maturité, a atteint le chiffre record de 120 000 t, selon cette même source.

Plusieurs nouveautés ont également marqué la dernière campagne. Les autorités ont renoncé à fixer le prix au producteur comme elles le faisaient, sans succès, depuis dix ans et ont laissé jouer la loi du marché. D’autre part, le ministère du Commerce a fini par interdire le système injuste de troc, instauré depuis l’indépendance, en vertu duquel deux kilos de noix de cajou s’échangeaient contre un kilo de riz. « Les autorités ont bien fait, remarque Karamo Camara, un commerçant bissau-guinéen. Cette mesure va permettre aux paysans de vendre leur production au plus offrant, au lieu de la bazarder au premier venu. » Une allusion au monopole de fait exercé par les acheteurs indiens, dont les planteurs exigent à présent ouvertement la fin. « Nous avons des coopératives et des magasins de stockage dans tout le pays. Cela nous permettra de négocier directement les prix avec les clients sans passer par des intermédiaires », lance le président de l’Anag, Mama Samba Embalo.

Le gouvernement, de son côté, cherche à attirer les investisseurs, étrangers ou locaux, pour développer la transformation sur place des noix de cajou. Première à répondre à l’appel, la Libye a démarré en mai dernier la construction de trois unités de transformation d’une capacité de 2500 t par an. Selon le président de l’Anag, Pékin promet d’investir 60 millions de dollars US dans la filière et de construire un port dans le sud du pays.
Pour le directeur général du Commerce, Diamantino Co, cette nouvelle politique créera des emplois pour les jeunes Guinéens, mais aussi pour les saisonniers qui arrivent par milliers des pays voisins pour la récolte des noix.

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